Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 15:31
Ce qu'en disait Granier de Cassagnac (en 1872)

En résumé, l'histoire repousse d'une manière absolue l'hypothèse qui fait naître le français et les idiomes de la Gaule d'une corruption du latin, puisque les Gaulois n’ont pas un seul instant cessé de parler leur langue, pendant et après la domination romaine.

Toutes ces considérations, vraies en ce qui touche le latin, sont, à plus forte raison, vraies en ce qui touche le grec.

S'il résulte des faits les plus avérés que la langue gauloise a eu une existence antique, propre, nationale, non interrompue, avant, pendant et après la domination romaine, il demeure évident que les mots qui lui sont communs avec le latin ne peuvent être dus qu’à une communauté d'origine avec les dialectes primitifs des habitants du Latium, et non à une transmission matérielle et directe de ces mots, que les armées romaines auraient imposée aux Gaulois après la conquête.

Mais il est bien plus évident encore que la cause de la présence des mots grecs, en très grand nombre, dans tous les dialectes ou patois de la Gaule sans exception doit être également cherchée dans une communauté d'origine des nations gauloises avec ces Grecs errants, guerriers, parlant un grec barbare, c'est-à-dire non décliné et non conjugué à la manière hellénique, et qui, sous le nom de Pélasges, ont joué un rôle à la fois certain et encore inexpliqué, dans l'histoire primitive de l'Occident.

Chercher la source des mots grecs qui se trouvent dans les patois de la Suisse, de la Lorraine, de la Picardie, de l'Ile-de-France, de la Bretagne, de la Gascogne dans les prétendues relations commerciales avec les Phocéens de Marseille, d'Agde ou d'Ampuries, à une époque où ces mêmes Phocéens, enveloppés dans leurs murs par des Barbares, n’auraient pas pu faire une lieue au dehors sans être pillés, massacrés ou réduits en esclavage, est une puérilité dont la critique de notre temps ne peut plus s'accommoder.

(A. Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, chapitre v.)


Par Gilles Gomel
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 13:01
Mon procédé, comme l’appelle M. Paul Argelès, consiste simplement à chercher dans les vieux lexiques grecs, surtout dans Hésychius, précieux arsenal de termes archaïques, les mots de notre langue, dont le latin ne saurait donner l’origine. Par exemple, je trouve, dans le Dictionnaire de l’ancienne langue française par Frédéric Godefroy, les mots damale, touse, pole, signifiant tous trois jeune fille, et je vois, du premier regard, qu’ils sont de source hellénique. J’ouvre Hésychius et Henri Estienne, et j’y trouve damale, tusse et pôlos, dans le sens de jeune fille, et je suis satisfait, parce que j’ai l’étymologie certaine, évidente de ces trois mots. Et l’on doit remarquer que damale et touse sont identiques, en grec et en français. Dans pôlos, seulement, l’s est tombée, et l’on a dit polo ou pole, car polo est encore usité. Tous les hellénistes peuvent vérifier ces mots dans les auteurs que j’indique. Je demande, maintenant, avec confiance, à M. Paul Argelès, si ma manière d’étymologiser ressemble beaucoup au procédé du docte Ménage. Est-ce que je fabrique mes étymologies ? Est-ce que je fais subir aux mots de terribles opérations chirurgicales ? Une étymologie amenée de loin est presque toujours fausse. Dans tout le midi de la France, on appelle encore aujourd’hui le visage cara, comme du temps d’Homère, et dans les faubourgs de Paris, on nomme le couteau surin et ustache, comme en Grèce, au temps du siège de Troie. Les changements les plus ordinaires qu’on remarque dans les bonnes étymologies sont des permutations de lettres. Et il va de soi que ce qu’on dit ici des étymologies helléniques s’applique aussi aux étymologies latines. Ainsi, pour trouver l’origine de garenne, de pucelle et de rebrousser, je me contente de chercher, dans le dictionnaire latin, des mots qui aient le même sens et à peu près la même forme que ceux-là. Or. pour garenne, qui signifie proprement sable ou endroit sablonneux, je trouve que Varron au lieu d’écrire arena, sable, écrivait harena, qui est le même mot que barena ou varena. Voilà donc l’étymologie de garenne trouvée. Littré et toute l’école néo-latine dérivent ce mot du haut allemand Waron, prendre garde !

Pucelle, qu’on écrivait pulcelle dans le vieux français, est tout simplement le latin pulcella, signifiant jolie petite fille. Voy. Freund, page 947, première colonne. Que fait Littré ? Un affreux barbarisme, pour donner une étymologie savante, car il dérive pucelle d’un prétendu bas-latin pullicella !

Rebrousser a fait imaginer à Littré, à Brachet et Scheler des étymologies plus étranges encore. Littré dit que ce verbe vient de re et de l’allemand borste, poil. Brachet et Scheler le dérivent de brustia, bruyère. Or, rebrousser n’est que le latin reversa ou revorso, le même que reborso, qui avait donné reborser à notre vieille langue. C’est littéralement le même mot. Que signifie proprement rebrousser ? Retourner du côté opposé à celui où l’on allait ou faire une chose en sens contraire. Voyez, pour une foule d’exemples, Freund et Frédéric Godefroy.

 (L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 15 octobre 1900.)



Par Gilles Gomel
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 21:45


Par Gilles Gomel
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 16:04
Ne vous échauffez donc pas tant, monsieur ; cette question doit être examinée avec calme et de très près. On n’impose pas la vérité ; on la démontre, on la fait voir. A vous entendre. il me paraît que vous défendez, de confiance, les étymologies de Littré. Moi, monsieur, avant de me prononcer pour ou contre, j’ai voulu m’en rendre un compte sévère et les voir de mes yeux. Je les ai contrôlées toutes, de la première à la dernière, et avec une grande impartialité, car si j’aime Platon, j’aime encore la vérité plus que Platon. Eh bien ! ce contrôle m’a convaincu que Littré avait reçu la plupart de ses étymologies des mains de quelques auxiliaires besogneux, et que, faute de temps pour les vérifier, il les avait couchées, telles quelles, dans son dictionnaire. Comment s’expliquer autrement qu’un homme de cette valeur ait laissé passer tant d’énormités dans ses étymologies ? Il tire, par exemple, accabler de chadabula, machine de guerre ; abîme, du barbarisme abyssimus ; requin de requiem ; heureux d'augurium, etc. Ce sont de vrais défis au sens commun, vous le voyez. Et, chose étrange, il choppe même dans les étymologies qui sont évidemment de source latine. Parmi une quantité d’autres également fausses, en voici une dizaine que j’ai relevées, à votre intention. Je les ai transcrites en forme de litanie, pour frapper à la fois votre regard et votre esprit :

Émerillon — merla — merle.
Épisser — splizan — haut allem. rendre.
Fard — gi-farwit — anc. haut allem. teindre.
Garenne — waron — anc. haut allem. prendre garde.
Grenouille — ranuncula — petite grenouille.
Nenni — non illud — non cela.
Messe — missa — renvoyée.
Pareil — pariculus — latin fictif.
Pucelle — pullicella — bas latin.
Rebrousser — re-borste — reet borste, all. poil.

Ces étymologies, on le voit de prime abord, pèchent contre les règles qu’a données Littré lui-même ; donc elles ne sont pas bonnes. Mais je ne perdrai pas de temps à le démontrer : ce serait long et fastidieux. J’aime mieux vous donner tout de suite les véritables origines de ces mots. Elles s’imposent par leur évidence. Les voici :

Émerillon — smerillum — espèce de faucon.
Épisser — epissare — resserrer.
Fard — far — farine d’épeautre.
Garenne — harena — endroit sablonneux.
Nenni — nenu — non.
Messe — mesa — repas.
Pareil — parelis — pareil.
Pucelle — pulcella — petite, jolie.
Rebrousser — revorsare — rebrousser.

Pour rendre ces étymologies plus évidentes encore, si c’est possible, j’ajouterai ces courtes explications : dans notre vieille langue, émerillon se disait smerillon, et grenouille ranouille ;harena, qui est le même mot que garena, se trouve dans Varron, pour arena ; comme on disait dans le latin archaïque maxumus et maximus, on disait de même nenu et neni pour non. Mesa était usité pour mensa dans le vieux latin, et signifiait table, repas, mets ; et ce vieux mot a donné à notre français messe, mess et mets. Je dois vous faire remarquer aussi que l’e et l’i permutaient dans le latin archaïque ; on disait heri et here, vepres et vipres, germin et germen, et mesa et misa, ce qui explique que le mot messe soit prononcé missa
dans certaines provinces. La messe, c’est-à-dire le repas eucharistique, répond aux deux termes grecs
hiera et eulogia, sacrifices où l’on mange une partie de la victime immolée.

Maintenant, monsieur, vous êtes forcé, je crois, par la logique, de vous faire ce petit raisonnement : si Littré, le grand manitou du néo-latinisme, n’a pas su trouver l’étymologie de ces mots qui dérivent visiblement du latin, comment aurait-il pu découvrir l’origine, bien plus difficile, de ceux qui viennent du grec ! Aussi, rien n’est stupéfiant comme la plupart de ces dernières étymologies. Voyez, en passant, celles qu’il donne à cuider, hanter, nager, parler, qui sont les verbes doriens kuido, anto, najo, parlo. Ne les dérive-t-il pas, après Ménage, de cogitare, habitare, navigare, parabolare ?

(L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 15 juin 1901.)



Par Gilles Gomel
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /2009 15:12



Les langues occidentales ne sortent pas du latin ; elles ne sont qu’une évolution, ou plutôt un perfectionnement d’elles-mêmes. Le français moderne est une évolution du vieux français ou galou, et celui-ci du gaulois. Mais le français, le galou ou le gaulois, qu’est-il au fond ? Il est grec, non pas du grec classique, du grec de Sophocle ou de Démosthène, mais du vieux grec, du grec pélasgique. Ce sont les Pélasges qui sont les ancêtres des tribus helléniques, des populations italiotes, gauloises et espagnoles, et, par conséquent, c’est du parler pélasgique que sont sortis l’« hellène », l’italien, l’espagnol et le gaulois ; car la parenté des peuples implique celle de leurs idiomes et réciproquement.


Ce grec primitif, où faut-il le chercher ? Il constitue les parties élémentaires et comme la base profonde des idiomes qui en relèvent. Il est dans les plus archaïques dialectes de la Grèce, tels que le dorien et l’éolien ; il est dans les langues sœurs, mais plus sensible, plus transparent dans leurs vieux écrits et dans leurs immuables patois : il apparaît dans tous ces idiomes, souvent divers de forme et comme de costume, mais toujours le même en ses racines. Et il faut remarquer que l’histoire vient au secours de notre langue, pour affirmer que les Pélasges ont colonisé les Gaules. Ils ne sont pas un mythe, comme Niebuhr l’avait cru, un jour, ils occupèrent, d’abord, toute la Grèce ; le Péloponnèse même porta longtemps le nom de Pélasgie. Puis, de la Grèce ils se répandirent de tous côtés et couvrirent le sol méditerranéen en entier. On peut les suivre, avec Raoul-Rochette et Larcher, en Asie Mineure, dans les îles, en Italie, en Gaule et en Espagne. Timagène, cité par Ammien Marcellin, parle d’une colonie dorienne ou pélasgique qui vint s’établir en Gaule, sur les bords de l’Océan, sous la conduite d’un Hercule, et saint Jérôme dit des Aquitains qu’ils se vantaient d’avoir une origine grecque. Ils étaient grecs, en effet, car leur langue trahit, encore aujourd’hui, le dialecte dorien. On sait aussi qu’une autre colonie dorienne envahit la Gaule par les Alpes, et que cette partie de la montagne porta, depuis ce passage, le nom d’Alpes grecques. Enfin, tout le midi de la Gaule se couvrit de villes phocéennes, et les Phocéens étaient un mélange d’Ioniens et de hélèges, c’est-à-dire de Pélasges.

Mais le peuplement de notre Gaule par des tribus doriennes n’est pas prouvé seulement par la langue et l’histoire, mais encore par les noms des lieux qui sont grecs, par les noms de métiers qui sont grecs, par les plus anciennes monnaies qui sont grecques, par nos poids et mesures qui sont grecs.

Ne comptait-on pas, chez nous, par oboles, au XIIIe siècle ? N’y avait-il pas l’obole simple, l’obole tierce, l’obole de Gueldres, l’obole du Rhin, l’obole de Horne, l’obole postulat ?

N’avait-on pas pour mesures : la drame, la mine, la minée, le minel [le minot ?], l’hémine, le cofin, le cheme, l’omilée ?

Tout cela, sans doute, est propre à frapper les esprits réfléchis et sans préventions, et, pourtant, l’origine pélasgique de notre race n’éclate nulle part avec autant d’évidence que dans la vieille langue de Paris, appelée argot ; car on y trouve les vocables les plus archaïques du dialecte dorien, dans un état de conservation parfaite.

(Daron, le 20 janvier 1902.)


Nota : Daron est le pseudonyme choisi par Jean Espagnolle pour ses collaborations à
l'Intermédiaire des chercheurs et curieux.



Par Gilles Gomel
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L'Intermédiaire des chercheurs et curieux
Daron,intermédiairiste (de 1900 à 1916)
1. 7 avr. 1900-15 oct. 1900
2. 7 nov. 1900-15 juin 1901 (boscard)
3. 20 août 1901-10 déc. 1901
4. 20 nov. 1901-30 août 1903
(Paris)
5. 10 juill. 1901-20 déc 1902
(A suivre !)

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Examen critique des Doublets de M. Brachet


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