Dimanche 13 septembre 2009
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Les langues occidentales ne sortent pas du latin ; elles ne sont qu’une évolution, ou plutôt un perfectionnement d’elles-mêmes. Le français moderne est une évolution du vieux français ou
galou, et celui-ci du gaulois. Mais le français, le galou ou le gaulois, qu’est-il au fond ? Il est grec, non pas du grec classique, du grec de Sophocle ou de Démosthène, mais du vieux
grec, du grec pélasgique. Ce sont les Pélasges qui sont les ancêtres des tribus helléniques, des populations italiotes, gauloises et espagnoles, et, par conséquent, c’est du parler pélasgique que
sont sortis l’« hellène », l’italien, l’espagnol et le gaulois ; car la parenté des peuples implique celle de leurs idiomes et réciproquement.
Ce grec primitif, où faut-il le chercher ? Il constitue les parties élémentaires et comme la base profonde
des idiomes qui en relèvent. Il est dans les plus archaïques dialectes de la Grèce, tels que le dorien et l’éolien ; il est dans les langues sœurs, mais plus sensible, plus transparent dans leurs
vieux écrits et dans leurs immuables patois : il apparaît dans tous ces idiomes, souvent divers de forme et comme de costume, mais toujours le même en ses racines. Et il faut remarquer que
l’histoire vient au secours de notre langue, pour affirmer que les Pélasges ont colonisé les Gaules. Ils ne sont pas un mythe, comme Niebuhr l’avait cru, un jour, ils occupèrent, d’abord, toute
la Grèce ; le Péloponnèse même porta longtemps le nom de Pélasgie. Puis, de la Grèce ils se répandirent de tous côtés et couvrirent le sol méditerranéen en entier. On peut les suivre,
avec Raoul-Rochette et Larcher, en Asie Mineure, dans les îles, en Italie, en Gaule et en Espagne. Timagène, cité par Ammien Marcellin, parle d’une colonie dorienne ou pélasgique qui vint
s’établir en Gaule, sur les bords de l’Océan, sous la conduite d’un Hercule, et saint Jérôme dit des Aquitains qu’ils se vantaient d’avoir une origine grecque. Ils étaient grecs, en effet, car
leur langue trahit, encore aujourd’hui, le dialecte dorien. On sait aussi qu’une autre colonie dorienne envahit la Gaule par les Alpes, et que cette partie de la montagne porta, depuis ce
passage, le nom d’Alpes grecques. Enfin, tout le midi de la Gaule se couvrit de villes phocéennes, et les Phocéens étaient un mélange d’Ioniens et de hélèges, c’est-à-dire de
Pélasges.
Mais le peuplement de notre Gaule par des tribus doriennes n’est pas prouvé seulement par la langue et
l’histoire, mais encore par les noms des lieux qui sont grecs, par les noms de métiers qui sont grecs, par les plus anciennes monnaies qui sont grecques, par nos poids et mesures qui sont
grecs.
Ne comptait-on pas, chez nous, par oboles, au XIIIe siècle ? N’y avait-il pas l’obole
simple, l’obole tierce, l’obole de Gueldres, l’obole du Rhin, l’obole de Horne, l’obole postulat ?
N’avait-on pas pour mesures : la drame, la mine, la minée, le minel [le
minot ?], l’hémine, le cofin, le cheme, l’omilée ?
Tout cela, sans doute, est propre à frapper les esprits réfléchis
et sans préventions, et, pourtant, l’origine pélasgique de notre race n’éclate nulle part avec autant d’évidence que dans la vieille langue de Paris, appelée argot ; car on y trouve les
vocables les plus archaïques du dialecte dorien, dans un état de conservation parfaite.
(Daron, le 20 janvier 1902.)
Nota : Daron est le pseudonyme choisi par Jean Espagnolle pour ses collaborations à l'Intermédiaire des chercheurs et curieux.
Par Gilles Gomel
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