Monsieur Daron


En résumé, l'histoire repousse d'une manière absolue l'hypothèse qui fait naître le français et les idiomes de la Gaule d'une corruption du latin, puisque les Gaulois n’ont pas un seul instant cessé de parler leur langue, pendant et après la domination romaine.

Toutes ces considérations, vraies en ce qui touche le latin, sont, à plus forte raison, vraies en ce qui touche le grec.

S'il résulte des faits les plus avérés que la langue gauloise a eu une existence antique, propre, nationale, non interrompue, avant, pendant et après la domination romaine, il demeure évident que les mots qui lui sont communs avec le latin ne peuvent être dus qu’à une communauté d'origine avec les dialectes primitifs des habitants du Latium, et non à une transmission matérielle et directe de ces mots, que les armées romaines auraient imposée aux Gaulois après la conquête.

Mais il est bien plus évident encore que la cause de la présence des mots grecs, en très grand nombre, dans tous les dialectes ou patois de la Gaule sans exception doit être également cherchée dans une communauté d'origine des nations gauloises avec ces Grecs errants, guerriers, parlant un grec barbare, c'est-à-dire non décliné et non conjugué à la manière hellénique, et qui, sous le nom de Pélasges, ont joué un rôle à la fois certain et encore inexpliqué, dans l'histoire primitive de l'Occident.

Chercher la source des mots grecs qui se trouvent dans les patois de la Suisse, de la Lorraine, de la Picardie, de l'Ile-de-France, de la Bretagne, de la Gascogne dans les prétendues relations commerciales avec les Phocéens de Marseille, d'Agde ou d'Ampuries, à une époque où ces mêmes Phocéens, enveloppés dans leurs murs par des Barbares, n’auraient pas pu faire une lieue au dehors sans être pillés, massacrés ou réduits en esclavage, est une puérilité dont la critique de notre temps ne peut plus s'accommoder.

(A. Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, chapitre v.)


Mer 18 nov 2009 Aucun commentaire